Jugée inapte au mariage, son père la maria à l’esclave le plus fort.

En 1920, Elizabeth publia un livre, « Ma mère, la brute et l’amour qui a tout changé ». Il y racontait notre histoire : celle d’une femme blanche jugée indigne du mariage et d’une brute, définie comme telle par la société des hommes réduits en esclavage. Et comment la solution radicale d’un père désespéré donna naissance à l’une des plus belles histoires d’amour du XIXe siècle.

Les archives historiques attestent de tout. Les papiers d’affranchissement de Josiah, son acte de mariage, la fondation de Freeman’s Forge à Philadelphie en 1857, nos cinq enfants – tous inscrits dans les registres de naissance de Philadelphie –, ma mobilité améliorée grâce à des appareils orthopédiques, documentée dans des lettres personnelles. Nous sommes décédés tous deux en mars 1895, à un jour d’intervalle, et avons été inhumés au cimetière d’Eden. Le livre d’Elizabeth, publié en 1920, est devenu un document historique important sur les mariages interraciaux et le handicap au XIXe siècle. La famille Freeman a conservé des archives détaillées, les lettres du colonel Whitmore et les papiers d’affranchissement de Josiah, donnés à la Société historique de Pennsylvanie en 1965. Notre histoire a été étudiée comme un exemple de l’histoire des droits des personnes handicapées et de l’histoire des relations interraciales à l’époque de l’esclavage.

Voici l’histoire d’Elellanar Whitmore et de Josiah Freeman. Une femme jugée inapte au mariage par la société à cause de son fauteuil roulant. Un homme considéré comme une brute par la société à cause de sa corpulence. Et la décision sans précédent d’un père désespéré qui leur offrit à tous deux tout ce dont ils avaient besoin : la liberté, l’amour et un avenir que personne n’aurait cru possible.

Douze hommes refusèrent Elellanor avant que son père ne prenne la décision extraordinaire de la marier à un esclave. Mais sous l’apparence imposante de Josiah se cachait un homme bon et intelligent, qui lisait Shakespeare en secret et traitait Elellanor avec plus de respect que n’importe quel homme libre.

Leur histoire remet tout en question : les préjugés liés au handicap, à la race et à ce qui rend une personne digne d’amour. Elellanar n’était pas « brisée » parce que ses jambes ne fonctionnaient pas. Elle était brillante, compétente et forte. Josiah n’était pas un brute à cause de sa taille. Il était poétique, attentionné et d’une bonté extraordinaire.

La décision du colonel Whitmore, aussi choquante fût-elle, témoignait d’une compréhension profonde : sa fille avait besoin d’amour et de respect plus que d’approbation sociale. Il affranchit Josiah, leur offrit de l’argent et des relations, et les envoya vers le nord pour bâtir la vie que la Virginie leur aurait toujours refusée.